Sujet: 12. Julius et Roméa

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Infos générales:
> BD no. 12
> Julius et Roméa
> Collection Repérages
> 44 pages
> Publié en 1986

Editeur:
> Editions Novedi/Dupuis

Scénariste:
> Hermann Huppen

Dessinateur:
> Hermann Huppen

Analyse :

Étant sans argent, Kurdy et Jeremiah vont dans une grande ville luxueuse, afin de travailler en tant qu'employés de maison. Cette citée semble bien gouvernée, elle est excessivement propre et très bien gardée. L'ordre parait impeccables, et les habitants donnent l'impression d'être heureux. Les employés de maison sont numérotés et on les traite comme des esclaves. Quelques troubles viennent gâcher ce soi-disant havre de paix. Un mystérieux hors-la-loi renverse systématiquement les poubelles, et Roméa, la fille du PDG, est en conflit avec son père. Elle n'accepte pas la mort de sa mère, et elle est éprise d'un miséreux, habitant au dehors de la ville. Pour montrer sa révolte, elle refuse de se laver. Jeremiah devient l'amant de Mme Procton, la femme d'un cadre, ce qui lui vaudra d'être condamné à mort. Kurdy, grâce à Roméa, simulera un enlèvement, contre lequel on doit lui remettre de l'argent, gracier Jeremiah et permettre à Roméa de rejoindre son Julius.

Rocky et l'absurdité

Dans les sous-sols de la ville, un homme, Rocky, observe au moyen de caméras, tout ce qui s'y passe.

Il est ignoré de tous. Comme compagnon, il a Stonebridge (cf. personnages) qu'il a enfermé dans une cage. La présence féminine n'est qu'un " ersatz " : une poupée gonflable dont les nombreux usages nécessitent l'utilisation de rustines. Cette poupée sert de confidente. C'est là qu'est l'absurde. Rocky est en quelque sorte le narrateur de cette histoire. Il raconte tout ce qui se passe dans la ville.
L'absurde est présenté au moyen des personnages de Rocky et Stonebridge.

Voici deux exemples frappant de l'absurde :

   1.
      Stonebridge parle de son frère cadet, Julius, et il dit qu'ils ont trois mois de différence !
   2.
      Rocky va voler la nuit dans les grandes surfaces en pestant contre les prix qui augmentent !.

La révolte

Ce qui se passe dans cette ville n'est pas à prendre au premier degrés. C'est le symbole d'une ville contraignante, dictatoriale (on remarque la présence constante de policiers ou de miliciens, armés de matraques). Un contestataire masqué, renverse les poubelles. La police se démène afin de l'attraper, et ce vengeur masqué, n'est autre que le chef de police !... Les poubelles, c'est un symbole. C'est une bombe placée par quelqu'un qui en a marre de cette société dans laquelle on souffre. Cette ville, avec ses habitants et ses esclaves bien séparés, est aussi un reflet de notre société actuelle. En effet, on est soit " in ", c'est à dire intégré socialement avec un travail etc., soit " out ", c'est à dire souvent au chômage et marginalisé.
Roméa est en pleine crise d'adolescence. Elle rejette l'autorité de son père, et la société trop policée et trop propre (en apparence seulement). Elle est traumatisée par le décès accidentel de sa mère, morte, électrocutée dans son bain. Elle ne se lave plus. (Les mouches qui volent autour d'elle, représentent la saleté.) Elle trouve en Julius, qui lui joue la sérénade chaque soir, le compagnon idéal de révolte. Il est très sale, très marginal et joue très mal de la cornemuse.

Le mal-être des citadins

Les citoyens en ont assez de leur vie habituelle. Ils montrent une mollesse et une passivité, car ils sont blasés du carcan de leur vie banal (métro, boulot, dodo) et dictatoriale. Ils n'ont aucune liberté. Les habitants sont dans une cage dorée. Ils donnent du piment à leur vie en allant regarder la mise à mort des " esclaves ". On voit que les citadins atteignent un état de jouissance, lorsque l'on lâche le taureau dans l'arène. Mais en vérité, ce n'est pas la mort du taureau qui les réjouit, mais celle de l'esclave. Pour rendre la mise à mort plus intéressante, ils ont remplacé les cornes, par des couteaux, et la poursuite se déroule dans un labyrinthe construit dans l'arène.

Le mépris d'Hermann envers les cadres (une vengeance personnelle)

Dans une interview, Hermann avoue détester les sous-chefs vaniteux.
Par mépris, il va humilier ces personnes au moyen de la bande dessinée. Dans cette aventure-ci, il impliquera un cadre : M. Procton.

M. Procton est un petit sous-chef prétentieux et désagréable. Il prend tout le monde de haut. L'humiliation de cet homme est très forte. Il est cocu. Mme Procton est une bourgeoise oisive et nymphomane qui profite de l'absence de son mari pour " s'envoyer en l'air ", avec Jérémiah qu'elle a choisi comme amant.

Hermann reconnaît qu'il aurait pu le tuer, mais il trouve que l'humilier serait encore plus cruel : Dans l'histoire, c'est M. Procton qui doit amener l'argent de la rançon à Kurdy. Kurdy lui coupe ses cheveux avant de lui uriner dessus. On l'a souillé, et une poubelle se vide devant lui... Bref, tout ce qui était son univers, se défait.

Patrick Dubuis
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2002 © Hermannhuppen.com

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Re: 12. Julius et Roméa

Yes ! je viens de me porter acquéreur du Tirage de Tête de cet album...

Re: 12. Julius et Roméa

Je me rappelle qu'après le choc "Delta", cet album m'avait un peu déçu (idem pour le changement dans les couleurs ; il faut dire que j'étais un inconditionnel de Fraymond)...

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Re: 12. Julius et Roméa

Un de mes préférés. Pas pour le dessin (enfin aussi, mais là, on est habitué) mais pour le scénario. On y ressent d'ailleurs un assez grosse influence, maturée, d'un de ses films fétiche : "Brazil" de Terry Gilliam. C'est à la suite de ce film qu'il a voulu retrouver l'ambiance d'un univers totalitaire secoué par l'absurde des situations qu'il génère et le grotesque des personnages qui le composent. Le tout pimenté à la sauce "hermannienne". Pour moi, une des grosses réussites de la série.

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Re: 12. Julius et Roméa

Ah ben pour moi aussi, c'est un des meilleurs scénarii de la série ; et pis, bon, en plus, ça va être mon premier tirage de tête !

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Re: 12. Julius et Roméa

Bonjour .
Pour moi , c ' est tout simplement la meilleure bande jamais réalisée .
En seulement 44 planches , on passe par tous les sentiments , du fou rire au dégoût total . On assiste aux vies d ' une vingtaine de personnages . L ' histoire est extrêmement riche et Hermann revisite avec jubilation Métropolis , les comics américains , Roméo et Juliette ... Chaque planche est magistrale (comme toujours avec Hermann) .
Je pourrai en parler des heures...
Conseillé à tous ceux qui haïssent la corruption .

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Re: 12. Julius et Roméa

bua a écrit:

Bonjour .
Pour moi , c ' est tout simplement la meilleure bande jamais réalisée .
En seulement 44 planches , on passe par tous les sentiments , du fou rire au dégoût total . On assiste aux vies d ' une vingtaine de personnages . L ' histoire est extrêmement riche et Hermann revisite avec jubilation Métropolis , les comics américains , Roméo et Juliette ... Chaque planche est magistrale (comme toujours avec Hermann) .
Je pourrai en parler des heures...
Conseillé à tous ceux qui haïssent la corruption .

Et Brazil de Terry Gilliam sorti en 1984. Tout à fait dans l'esprit du film. A voir et revoir à l'infini. wink