Sujet: 01. La nuit des rapaces

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Infos générales:
> BD no. 1
> La nuit des rapaces
> Collection Repérages
> 44 pages
> Publié en 1979

Editeur:
> Editions Fleurus/Novedi/Dupuis

Scénariste:
> Hermann Huppen

Dessinateur:
> Hermann Huppen

Analyse :

Jeremiah n'est pas rentré au fortin de Bends Hatch. Il veut attraper une mule afin d'épater son oncle Lukas qui le méprise. Alors qu'il attrape la mule, il fait la connaissance de Kurdy, son propriétaire.
Entre-temps, une troupe de pillards s'approche du fortin. Jeremiah veut se battre, mais Kurdy l'assomme afin de l'empêcher d'aller au casse-pipe et s'en va. Le village est pillé et incendié, son oncle Lukas à été abattu. Quand Jeremiah reprend connaissance, il retourne vers le fortin, maintenant en ruine, et y trouve la plume du casque de Kurdy. Il pense que Kurdy a participé au pillage. Alors que Kurdy est arrêté et qu'on le torture, Jeremiah surgit menaçant les tortionnaires de son fusil, mais il n'ose pas leur tirer dessus. Heureusement, Kurdy a pu prendre son arme et il abat les malfrats. Kurdy et Jeremiah vont à Langton où Jeremiah reconnaît la berline noire de Fat-Eye Birmingham, l'homme qui a mis à sang son village et il veut l'arrêter. Il est sauvé de justesse par Kurdy.
Alors que le bras droit de Fat-Eye est en train de vendre des esclaves à un Indien, Kurdy les attaque avant de les faire entrer dans la ville, attaché sur des chevaux avec une pancarte provocante à leur cou. La population se révolte. Jeremiah ne peut rester tranquille et il veut attaquer Fat-Eye, mais il est fait prisonnier. Fat Eye se sert de lui comme otage afin que Kurdy cesse d'attaquer son repaire, il désire échanger Jeremiah contre la restitution de l'argent.. Mais celui-ci l'attaque malgré tout de nuit avec l'aide des citoyens. Après avoir fait l'ascension de la tour, il arrive sur la terrasse. Les hommes de mains de Fat-Eye veulent marchander avec les citoyens. Fat-Eye les exécute. Kurdy arrive au sommet de cette tour et Fat-Eye, poussé par la folie, désire entrer dans la cage de ses rapaces en voulant nourrir ses rapaces avec le corps de Jeremiah. Kurdy l'empêchera, et Fat-Eye se précipite dans la cage aux rapaces. Ceux-ci affamés, le dévorent.

Jeremiah, un adolescent candide

Jeremiah, orphelin, a grandi avec son oncle et sa tante dans le fortin de Bends Hatch. C'est une micro-civilisation qui a survécut à « la grande lessive » vivant presque en autarcie. L'éducation qu'il a reçue s'accroche à une lecture rigoureuse, étriquée, de la bible. Jeremiah vit une jeunesse difficile, car d'une part le milieu familial est âpre et d'une autre le monde qui l'entoure est chaotique.
Son oncle Lukas le méprise et lui rabâche sempiternellement qu'il n'est qu'un incapable. Afin d'essayer de se faire respecter Jeremiah veut capturer une mule. Il ne rentre pas au fortin, et passe la nuit, sans armes, dans une campagne hostile. Jeremiah rencontre Kurdy, le propriétaire de cette mule qui l'écarte du massacre de Bends Hatch et le sauve.
Jeremiah se retrouve confronté alors à un monde immoral. Comme la communauté agricole est ravagée, Jérémiah ne retrouve plus de repères.

En découvrant la plume du casque de Kurdy dans les ruines, il déduit que celui-ci n'est pas vraiment étranger à ce pillage. Il le retrouve dans une bien mauvaise posture, mais n'ose pas tirer sur les ravisseurs. Kurdy, arrive à abattre les ravisseurs, car il ne fait pas dans la dentelle. Bien que Kurdy soit sous la menace du fusil de Jeremiah il arrive aisément à prendre le dessus. (On voit Jeremiah ligoté).

Jérémiah est perdu, c'est pour cela qu'il suit Kurdy. La naïveté de Jeremiah se distingue bien lorsqu'une prostituée propose du bon temps à Kurdy, Jérémiah pense qu'ils sont en train de marchander les chevaux.
Jeremiah croit en la justice, car lorsqu'il aperçoit la berline de Fat-Eye, il crie à haute voix qu'il faut l'arrêter. Il pense naïvement que justice sera faite. Heureusement il est sauvé par Kurdy
Jeremiah est inconscient car il veut s'attaquer Fat-Eye. Il ne se rend pas compte de ce qu'il fait, il s'obstine à croire qu'il veut faire rendre justice. Il se jette dans le guêpier. Kurdy, étrangement pris de pitié, va le libérer.

Fat-Eye le potentat

Fat-Eye a le profil parfait de l'autocrate mégalomane. On s'aperçoit que dans la région la loi c'est lui. Il exerce sa monarchie grâce à la violence et à la peur. Le peuple est soumis. La racaille est bien payée.

Fat-Eye attache de l'importance à son déguisement. Il semble être un clown sorti d'un film fellinien. Son visage est maquillé. Fat-Eye s'entoure de deux garçons et on devine qu'il entretien avec eux, une relation intime, c'est une tantouze.

Sa puissance est traduite par la grandeur de la tour dans laquelle il vit. On ressent une certaine folie dans la passion démesurée qu'il a pour ses rapaces. Il se soucie plus de leur bien-être que celui de ses hommes. Il incarne ces nombreux dictateurs mégalomanes tels Néron.

L'esclavagisme et la révolte

Fat-Eye vit dans le luxe grâce au fruit de son commerce d'être humains. Il s'occupe avec ses hommes à faire des razzias sur des fortins isolés, et il revend les prisonniers aux Indiens. On ressent pleinement les suites de cette guerre raciale, des blancs se font vendre aux rouges. Ici, c'est la traite des blancs ou des noirs.

Le marché d'humain de Fat-Eye avec l'Indien est mit à jour par Kurdy. Il déclenche la révolte des habitants de Langton en faisant rentrer l'Indien et Norton, un homme de Fat-Eye, ligotés dans la ville avec une pancarte provocante. (Nous achetons des esclaves. Fat-Eye les procure. (pl. 25).

La révolte va prendre une ampleur exagérée, les habitants se lèvent contre Fat-Eye à cause de son commerce d'humains. Grâce à l'ingéniosité de Kurdy, la tour où se trouve les hommes de Fat-Eye va capituler. L'arrogante troupe de Fat-Eye, se fait exterminer par les soldats de la nouvelle nation rouge.

Kurdy

La rencontre entre Kurdy est Jérémiah, n'est pas simplement le fruit du hasard : Kurdy est au courant qu'un pillage allait se dérouler au fort de Bends Hatch. Il semble attendre le départ des pilleurs afin de ramasser « les miettes ». Kurdy rencontre Jeremiah et étrangement, il éprouve un peu de sympathie et le sauve en l'assommant afin de l'empêcher de retourner au camp. Kurdy, après avoir récupéré sa mule, va faire son larcin. Probablement il tue et pie sans mauvaise conscience. Ce personnage s'enrichit avec indifférence de la souffrance des autres en collaborant avec Fat-Eye. Lorsque Jeremiah dénonce Fat-Eye, Kurdy prend sa défense et le sauve. Dorénavant il s'est retourné contre son ancien chef. Avec Jeremiah, ils deviennent deux laissés pour compte des bas fonds américains, des villes sordides, Kurdy et Jeremiah joignent leurs différences : Kurdy un criminel n'hésitant pas à tuer et voler, Jérémiah un adolescent candide et perdu croyant en un monde parfait et chimérique. Ils seront telles une anguille et un clown. Une aventure où l'amitié jaillit, ingénue, innocente et paradoxale, car rien ne se ressemble entre ces deux êtres.

Le début d'une série…

Hermann va débuter une sorte de quête. Jeremiah va considérablement évoluer, car c'est une sorte d'apprentissage. Kurdy va subir également une métamorphose, moins flagrante, mais on découvrira un côté humain, notamment dans « Alex » ou « La Ligne rouge » où il connaîtra l'amour.

Jérémiah est une série sans message, bien que ce vide soit un message. Il met à nu l'angoisse humaine, l'absurdité de notre condition, l'horreur des dérives humaines et la niaiserie de l'espérance et de la croyance des hommes. Souvent on voit des fantoches qui croient en un sauveur qui se révèle être un pervers, un satyre voire un pédophile.

Les dialogues entre Kurdy et Jeremiah sont souvent dénués de tous sens, frôlant l'absurde ou la dérision : « Tomate ? - Non : œuf ! - Alors ça va » (Qui est Renard bleu ? pl. 3 c. 3). « Bref. Pour ne pas se disputer, on a pris la Cadillac et on est partis. - Cadillac ? - Ensuite, coup de pot. Tout près d'ici, derrière les sapins, on s'est dégotté un petit resto sympa, au bord de l'eau… (Simon est de retour pl. 6 c. 3-4)

Les aventures ressemblent à des spectacles de plus en plus remplis de situations symboliques ou exagérées. Hermann se sert souvent de marginaux : des clochards, des alcooliques, des infirmes, des tyrans idiots, des obèses, des crétins, des gens au comportement absurde, des personnages masqués et maquillés, des sadiques, des gourous pervers etc… La dérision passe par une certaine cruauté.

Patrick Dubuis
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